Sur les chemins noirs : la marche comme chemin de résilience
Sur les chemins noirs : la marche comme chemin de résilience
Dans la nuit du 21 au 22 août 2014, Sylvain Tesson chute d'une dizaine de mètres en escaladant la façade d'un chalet à Chamonix. Traumatisme crânien sévère, plusieurs fractures, plusieurs mois de coma et de convalescence. Sur son lit d'hôpital, il se promet une chose : s'il survit, il traversera la France à pied. C'est cette traversée — du Mercantour au Cotentin, près de 1 400 kilomètres en évitant les routes principales pour suivre des sentiers oubliés, les "chemins noirs" — qu'il raconte dans le livre paru en 2016.
Au-delà du récit de voyage, ce texte offre une matière particulièrement riche pour réfléchir à ce que la psychologie clinique appelle la résilience : la capacité à se reconstruire après un événement traumatique.
1. Le corps comme point de départ de la reconstruction
Avant d'être une démarche intellectuelle ou spirituelle, la traversée de Tesson part d'une nécessité concrète : un corps abîmé, des séquelles physiques, une rééducation à mener. La marche devient alors un moyen de reprivatiser un corps qui, pendant le coma et l'hospitalisation, avait cessé de lui appartenir, livré aux soins et à la médecine.
2. La solitude choisie, différente de l'isolement subi
Le récit insiste sur une solitude volontaire, presque organisée comme un cadre thérapeutique. Cette solitude n'a rien à voir avec l'isolement social qui peut accompagner une dépression ou un repli pathologique. Pour mieux comprendre les signes d'un isolement préoccupant, voir notre article sur les symptômes de la dépression.
3. Marcher pour mettre en mouvement ce qui ne se dit pas encore
Le mouvement physique répétitif et prolongé de la marche a souvent un effet de mise en pensée qui ne passe pas uniquement par les mots. Ce constat rejoint d'ailleurs ce que l'on observe parfois en thérapie, lorsque la parole elle-même met du temps à se frayer un chemin — voir notre article sur pourquoi la parole peut se bloquer en séance.
4. La résilience n'est pas un retour à l'identique
Tesson garde des séquelles physiques, et le récit ne masque jamais la part de douleur et de doute qui a accompagné cette traversée. Il s'agit de se reconstruire avec elle, plutôt que de l'effacer. Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, qui a popularisé ce concept en France à la fin des années 1990, le définit comme la capacité à reprendre un nouveau développement après un traumatisme — non pas l'absence de blessure, mais la possibilité de poursuivre une trajectoire de vie malgré elle.
5. Pourquoi ce récit résonne autant
Le succès de ce livre touche à une expérience universelle : celle de devoir se reconstruire après un coup dur, et de chercher un chemin pour y parvenir.
Quand un accompagnement psychologique peut aider
Lorsque la reconstruction semble bloquée, ou lorsque l'isolement devient pesant plutôt que ressourçant, un accompagnement psychologique peut offrir un espace pour travailler ce qui résiste à se résoudre seul. Voir notre article Première séance chez un psychologue : à quoi s'attendre.
Foire aux questions
Faut-il avoir vécu un accident grave pour parler de résilience ? Non. La résilience concerne tout type d'épreuve marquante — un deuil, une rupture, une maladie, un échec professionnel majeur.
La marche ou le sport peuvent-ils remplacer une psychothérapie ? Non, mais ils peuvent être un complément précieux.
Qui est Boris Cyrulnik ? Boris Cyrulnik est un neuropsychiatre et éthologue français qui a popularisé le concept de résilience en France. Son ouvrage de référence, Un merveilleux malheur (Odile Jacob, 1999), reste une porte d'entrée accessible sur le sujet, comme le rappelle cette archive de l'INA datant de la sortie du livre.
Jérémy Bouchaud est psychologue clinicien à Rennes, conventionné avec l'Assurance Maladie. Prenez rendez-vous sur Doctolib.
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