Pourquoi je n'arrive pas à parler chez le psychologue ?
Pourquoi je n'arrive pas à parler chez le psychologue
Il arrive fréquemment qu'une personne en thérapie se retrouve bloquée : les mots ne viennent pas, le silence s'installe, ou elle a l'impression de "tourner autour" sans jamais aborder ce qui compte vraiment. Si cela vous arrive, sachez que ce n'est ni un échec, ni un signe que la thérapie ne fonctionne pas — c'est, le plus souvent, une part essentielle du travail lui-même.
1. Le silence n'est pas un vide, c'est une information
Dans l'approche psychanalytique, le silence n'est jamais considéré comme un simple manque à combler au plus vite. Il est compris comme porteur de sens : il peut signaler qu'on touche à quelque chose de sensible, qu'une pensée se forme encore trop confusément pour être dite, ou qu'un sujet précis — souvent lié à des émotions difficiles, à la honte ou à des zones de notre histoire restées dans l'ombre — est en train d'être évité, sans qu'on en ait toujours conscience.
2. Ce qu'on appelle la "résistance"
En psychanalyse, on parle de résistance pour désigner ce mouvement, souvent involontaire, qui freine la parole là où elle s'approche d'un point sensible. Cela peut prendre plusieurs formes : un blanc soudain, l'impression de "n'avoir rien à dire", un changement de sujet, ou au contraire un discours qui s'accélère pour éviter de s'arrêter sur un point précis. Loin d'être un problème à éliminer, la résistance est elle-même un objet de travail : comprendre pourquoi telle chose est difficile à dire en apprend souvent autant que ce qui finit par être dit.
3. Pourquoi certains sujets sont plus difficiles que d'autres
Certains thèmes reviennent plus souvent comme zones de difficulté : la sexualité, l'argent, les sentiments envers le thérapeute lui-même, ou tout ce qui touche à la honte et à la culpabilité. Ce n'est pas un hasard : ce sont fréquemment les sujets les plus chargés émotionnellement, et donc ceux que l'esprit cherche le plus naturellement à protéger.
4. Le rôle du thérapeute face à ce blocage
Un bon accompagnement ne consiste pas à forcer la parole, ni à interpréter trop rapidement ce qui se passe pour "combler le vide" à votre place. Le rôle du psychologue est plutôt de créer un cadre suffisamment sécurisant pour que la parole puisse, à votre rythme, se déployer — y compris à travers les silences eux-mêmes. C'est aussi pour cette raison que la confiance avec le praticien est si déterminante, comme nous l'évoquons dans notre article sur le déroulement de la première séance.
5. Faut-il changer d'approche si l'on se sent bloqué ?
Pas nécessairement. Ce type de blocage peut survenir dans n'importe quelle approche thérapeutique. En revanche, si la difficulté concerne davantage l'orientation même de la thérapie (par exemple, le besoin d'outils plus concrets et immédiats plutôt qu'un travail d'exploration), il peut être utile de se renseigner sur les différentes approches existantes — voir notre comparatif entre psychanalyse et TCC.
Foire aux questions
Est-ce normal de ne rien dire pendant plusieurs minutes en séance ?
Oui, c'est fréquent et cela n'a rien d'anormal. Ces silences font souvent partie intégrante du travail thérapeutique.
Dois-je parler de tout, même de ce qui me met mal à l'aise ?
Non, il n'y a pas d'obligation. Vous restez libre d'aborder ou non certains sujets. Cela dit, remarquer ce qui est difficile à dire, et en parler avec votre psychologue, fait souvent partie du chemin thérapeutique.
Que faire si je me sens jugé quand j'essaie de parler ?
Cette sensation, même si elle vient souvent de l'intérieur plutôt que d'un jugement réel du praticien, mérite d'être évoquée directement en séance : c'est une matière de travail précieuse, pas un obstacle à cacher.
Jérémy Bouchaud est psychologue clinicien à Rennes, d'orientation psychanalytique, conventionné avec l'Assurance Maladie.
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